Un projet d'Alcan en Inde soulève les passions à Montréal

Éric Desrosiers
Le Devoir, Édition du jeudi 16 décembre 2004

Mots clés : Montréal, Inde (pays), aluminium, alcan

Plus d'une centaine de manifestants devraient se rassembler, aujourd'hui,
sur les trottoirs enneigés devant le siège social d'Alcan, à Montréal,
pour protester contre un projet de mine de bauxite et d'usine d'alumine à
plus de 10 000 kilomètres de là, dans la province d'Orissa, en Inde.
«Ces gens n'ont aucun moyen de faire pression sur une multinationale basée
à Montréal, alors on les aide», expliquait hier l'organisateur de
l'événement, Abhimanyu Sud, de l'organisation québécoise Alcan't in India.
L'événement marquera le quatrième anniversaire de la mort de trois
villageois abattus par la police indienne lors d'une manifestation. Il
visera à dénoncer le peu de considération dont ferait preuve la compagnie
à l'égard de l'environnement et de l'opposition des populations
concernées.
Les militants et la multinationale dressent deux portraits complètement
différents de ce conflit qui se déroule à l'autre bout du monde. Les
études de faisabilité ne seront pas complétées avant 12 à 15 mois et l'on
ne procédera, entre-temps, qu'à des «travaux d'infrastructure mineurs»,
dit la compagnie, dont la participation dans ce projet, lancé il y a dix
ans, est passée l'an dernier de 35 % à 45 %. Ils ont déjà commencé à
construire une route d'accès, rétorquent ses opposants, et le gouvernement
d'Orissa promet l'ouverture de la mine pour les prochains mois. Cette mine
n'entraînerait la réinstallation que de 147 familles, assure Alcan, et 23
des 24 villages concernés y ont récemment donné leur accord. Entre 10 000
et 60 000 personnes issues principalement de communautés autochtones
seront touchées, affirme Alcan't in India, et elles s'opposent à cette
violation de leurs terres ancestrales par le gouvernement et les
Canadiens.
La dernière manifestation d'opposition a d'ailleurs fait 16 blessés le 1er
décembre, affirme l'organisation. Elle avait été précédée par une
manifestation d'appui de 15 000 personnes, dit la compagnie. Alcan cache
les conclusions de ses études environnementales, dit l'un. Elle les met à
jour, dit l'autre.

Eldorado

Sise sur la côte est de l'Inde, la province d'Orissa représente un
véritable Eldorado pour un monde assoiffé d'aluminium, avec 70 % des
capacités d'un pays qui compterait à lui seul pour plus de 10 % des
réserves mondiales. «La province d'Orissa a connu, ces dernières années,
plus que son lot de grands projets industriels et miniers, affirme
Abhimanyu Sud, et la population locale n'en a pas réellement profité. Elle
se porterait probablement beaucoup mieux avec de plus petits projets de
développement centrés sur ses besoins.»
«Là comme ailleurs, nous préconisons le dialogue et la consultation,
déclare Anik Michaud, porte-parole d'Alcan. Nous entendons respecter nos
principes de développement durable basés sur les trois piliers :
économique, environnemental et social.»
«Si c'était vrai, Alcan n'aurait pas augmenté sa participation dans le
projet l'an passé, mais se serait retiré comme l'a fait Norsk Hydro»,
pense Abhimanyu Sud.
Alcan a l'habitude de ce genre de situation, explique sa porte-parole.
L'entreprise a été récemment confrontée à la résistance farouche de
communautés indigènes à l'un de ses projets en Australie. «Ces communautés
sont devenues aujourd'hui ses meilleures alliées», affirme Anik Michaud.