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La Presse Affaires, mercredi 8 décembre 2004, p. LA PRESSE AFFAIRES3

Un projet d'Alcan en Inde sème la controverse

Tison, Marie

Un projet de mine de bauxite et de raffinerie d'alumine impliquant Alcan provoque la controverse en Inde. Il a également déclenché une guerre de chiffres au Canada.

L'organisation québécoise Alcan't in India a convoqué une conférence de presse à Montréal hier matin pour faire savoir qu'environ 400 personnes avaient exprimé leur opposition au projet de mine et de raffinerie au cours d'une manifestation organisée le 1er décembre dernier dans la région du Kashipur, dans la province d'Orissa, en Inde. Les autorités policières auraient cependant réprimé la manifestation avec une force excessive et auraient grièvement blessé 16 personnes.

Alcan a déploré la violence... avant de faire valoir qu'entre 15 000 et 18 000 personnes avaient manifesté pacifiquement en faveur du projet trois jours auparavant, soit le 28 novembre.

" Ce qu'on nous dit, c'est que les villageois sont d'accord avec le projet, a affirmé la porte-parole d'Alcan, Anik Michaud. Nos faits ne concordent pas avec ceux d'Alcan't in India. Nous savons qu'il y a eu violence le 1er décembre, mais comment cela s'est-il passé? Nous cherchons à établir les faits. "

C'est en 1992 qu'Alcan s'est joint à d'autres partenaires, notamment Indian Aluminium Company et Norsk Hydro, pour former une coentreprise, Utkal Alumina, dans le but de mettre sur pied une mine de bauxite et une raffinerie d'alumine au Kashipur. Le projet a rapidement suscité une certaine opposition au sein de la population locale, les Adivasis, un peuple indigène qui cultive les terres lorgnées par Utkal.

Le 16 décembre 2000, trois paysans ont été tués en marge d'une manifestation contre le projet. Une enquête indienne a conclu que les autorités policières avaient fait un usage excessif de la force, mais elle n'a pas remis en cause l'à-propos du projet.

Quelques mois plus tard, des Adivadis ont kidnappé trois employés de Norsk Hydro et les ont forcés à signer un manifeste contre le projet. En décembre 2001, Norsk s'est retirée du projet en expliquant sa décision par l'état du
marché de l'alumine, par le développement positif de sa raffinerie d'alumine brésilienne et par " le manque de progrès " du projet d'Utkal.

Alcan, qui détenait 35 % de la coentreprise, a racheté la participation de Norsk pour passer à 45 %.

Mme Michaud a indiqué qu'Alcan n'avait pas encore décidé si elle allait de l'avant ou non avec le projet.

" Nous sommes encore en train d'évaluer tout le dossier avec tous les faits, a-t-elle indiqué. Avant de faire une présentation au comité exécutif pour qu'un projet aille de l'avant, il faut étaler les faits et établir des options et des alternatives Toutes les considérations sociales font partie de cette étude là. "

Le porte-parole d'Alcan't in India, Abhimanyu Sud, a remis en doute l'affirmation selon laquelle la décision n'aurait pas encore été prise. Il a fait valoir que la manifestation du 1er décembre dernier visant justement à empêcher l'inauguration d'une route d'accès au projet et d'un poste de police

" Ce qu'on entend du gouvernement d'Orissa, c'est qu'ils veulent que le projet commence en janvier 2005. "

Il s'est également demandé comment les promoteurs du projet pouvaient prétendre qu'ils avaient l'appui de la population locale s'ils sentaient le besoin de construire un poste de police.

Alcan't in India prévoit une manifestation devant le siège social d'Alcan, le 16 décembre prochain, pour rappeler la mort des trois paysans du Kashipur.

" On ne prétend pas qu'Alcan est responsable, mais pour nous, il y a quand même un lien de responsabilité qui est clair ", a soutenu Patrick Cadorette, autre porte-parole d'Alcan't in India.

Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Industries de transformation des métaux
Taille : Moyen, 430 mots

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